Indus des chômeurs : « Pôle emploi, par principe, n’admet jamais ses torts. »

Suite à mon billet sur le recouvrement des indus par Pôle emploi proposant un décryptage juridique, Robert Crémieux, ancien président du Mouvement National des Chômeurs et Précaires, m’a proposé d’apporter des précisions sur l’intervention et l’engagement du MNCP en faveur des chômeurs confrontés à ces indus et revient sur l’insécurité juridique des demandeurs d’emploi.

Robert Crémieux

Nathalie Salles – Quel évènement vous a amené à rejoindre le MNCP puis à en devenir le président ?

Robert Crémieux – Dans le quartier de banlieue parisienne où j’habitais au début de la décennie 90, j’ai constaté que la montée du chômage n’était pas prise en compte par les syndicats et encore moins par les partis politiques. J’ai participé alors à la constitution d’un mouvement d’action contre le chômage (AC !) qui réunissait des syndicalistes de tous horizons, des chercheurs, des militants politiques et, notamment, un mouvement de chômeurs, le MNCP.

Mais à la fin des années 90, je me suis retrouvé moi-même à pointer à l’ANPE pour la première fois de ma vie. Une expérience à laquelle je n’étais pas préparé, ma génération n’ayant pas connu dans sa jeunesse le chômage de masse. Et cela s’est très mal passé, mon dossier à connu des fortunes diverses dans son traitement par les ASSEDIC, je me suis retrouvé en conflit avec l’assurance chômage et sans indemnité pendant de très longs mois. J’ai très mal vécu cette situation, cela m’a conduit à rejoindre le MNCP en 1997. J’étais déjà convaincu de la nécessité pour les chômeurs d’avoir à mener une lutte syndicale, mais cette fois c’était pour moi-même que j’étais amené à m’inscrire dans ce type d’action !

Il a d’ailleurs fallu le mouvement des chômeurs historique de l’hiver 97-98 pour que mon dossier ASSEDIC soit réexaminé et que mes droits aux allocations chômage soient enfin reconnus. Pendant plusieurs jours avec le MNCP, AC !, APEIS, la CGT chômeurs, nous avons occupé l’agence de Gennevilliers puis l’ANPE… C’est dans le cours de ce mouvement que j’ai pris des responsabilités au sein du MNCP puis que j’en suis devenu président. J’ai quitté la présidence car j’avais retrouvé du travail… mais je suis resté adhérent du mouvement. Sans responsabilité particulière (je suis actuellement retraité) mais j’essaie de me rendre utile. Le mouvement repose pour une part sur le concours de bénévoles comme moi (nous les appelons : « citoyens / citoyennes solidaires »).

  • De quelle manière les chômeurs concernés par un recouvrement d’indus entrent-ils en contact avec vous ? Est-ce l’association qui va au devant de leurs problèmes et de quelle manière ?

Le MNCP est une fédération de maisons de chômeurs. Chacune a son histoire, ses particularités, ses modes d’action et son nom local sous lequel elle est connue. La manière dont les chômeurs entrent en contact varie avec l’implantation locale : certaines reçoivent même des personnes que les services publics débordés où impuissants leur envoient.

Certaines associations ont aussi la pratique militante d’aller aux portes des Pôle emploi ou des CAF. L’adresse du MNCP est affichée dans les agences Pôle emploi. Et parfois, lorsque nous mettons en avant une question particulière comme les radiations ou les indus et que la presse locale en parle, nous avons des chômeurs qui s’adressent à nous… Depuis que le MNCP a une meilleure visibilité sur Internet (mncp.fr) et sur les réseaux sociaux (sur twitter @Federation_MNCP  , un groupe sur Facebook et sur dailymotion), il y a aussi des personnes qui prennent contact par ce moyen car nous n’avons pas d’associations sur tout le territoire.

  • Face à des indus, les chômeurs ont-ils le réflexe de vous contacter rapidement ou attendent-ils d’être dans une situation inextricable ?

D’une façon générale, les personnes nous contactent quand elles sont vraiment en difficulté. Et parfois quand elles ont essayé d’autres solutions. Beaucoup de gens voient par exemple le recours à un avocat comme l’arme fatale face à Pôle emploi, alors que c’est une solution souvent coûteuse et où il n’y a pas de certitude de gagner.

Il faut comprendre que nous sortons d’une période de plusieurs années où le MNCP n’avait aucune visibilité médiatique. Zéro, censure totale au niveau des grands medias nationaux. Les syndicats, par exemple, font partie de l’imaginaire social alors que les associations de chômeurs sont trop peu connues, pourtant le MNCP existe depuis vingt-sept ans.

  • Quel est votre processus d’intervention face à des indus réclamés par Pôle emploi ? Plaidez-vous directement la cause du demandeur d’emploi auprès de la Direction de Pôle emploi ou l’assistez-vous au tribunal lors de l’audience ?

Chaque cas est singulier. Souvent, en particulier pour les sommes en dessous d’un certain seuil, une intervention de l’association en appui des démarches du chômeur (qui peut être au moment du contentieux un salarié précaire) auprès du directeur d’agence suffit à débloquer la situation. Les associations peuvent aussi intervenir auprès du médiateur régional et du médiateur national.

Pour les sommes dépassant le millier d’euros (ce qui est fréquent), c’est plus compliqué car le règlement interdit au directeur d’agence d’effacer purement et simplement la demande de remboursement. L’affaire se complique car souvent à la base du contentieux il y a une erreur de Pôle emploi mais qu’il est difficile de prouver. Pôle emploi, par principe, n’admet jamais ses torts. Parfois l’organisme reconnaît que c’est « la faute à l’informatique… ». Le problème est le même dans les CAF avec les questions des indus liés au RSA.

En principe, Pôle emploi, d’après sa mission, doit soutien et information aux chômeurs. Dans les faits, c’est le chômeur qui doit batailler pour prouver sa bonne foi. Pôle emploi est juge et partie en s’appuyant sur des règlements de l’Unédic qui en font une zone de non-droit pour les inscrits. Les voies de recours sont quasi clandestines, même si cela dépend de la volonté du personnel et il faut dire que là où il y a des syndicats comme SNU – FSU ou Sud emploi qui mènent des actions communes avec les associations de chômeurs, cela facilite les choses.

Mais entrer dans la moindre procédure de contentieux est un parcours d’obstacle pour lequel les chômeurs et chômeuses ne sont tout simplement pas armé. Il s’agit de constituer des dossiers, d’écrire des lettres recommandées, de suivre des procédures de recours byzantines où souvent même les agents de Pôle emploi se perdent eux-mêmes de bonne foi tant ils sont débordés et au prise avec un management déresponsabilisant. L’actuel médiateur de Pôle emploi, après son prédécesseur qui a jeté l’éponge, en est le témoin effaré. L’instance régionale paritaire, par exemple, est une escroquerie juridique où le dossier de l’accusé comparaît sans défenseur. Et il faut tenir compte que les récentes critiques du médiateur national sont faites de manière très « diplomatique ».

Dans ce contexte, vient un moment où nous disons, il n’est pas possible de défendre les chômeurs qu’au cas par cas. Il faut une action collective pour faire des réformes d’ensemble. Sinon c’est un travail sans fin où l’on s’épuise et où malgré des succès beaucoup de chômeurs n’y trouvent pas leur compte. C’est l’une des raisons, en plus de l’urgence sociale, qui nous conduit à participer à la Marche des chômeurs, chômeuses et précaires pour leurs droits (15 juin – 6 juillet) avec APEIS, AC !, DAL, les syndicats Solidaires et la FSU.

  • Des dossiers d’indus se sont-ils soldés par un abandon des poursuites par Pôle emploi, voire une reconnaissance de leur erreur lors du calcul de l’allocation chômage ?

Bien sûr, il y a de nombreux cas où l’intervention des associations, le recours au médiateur se soldent par des rectifications du dossier. Mais « l’erreur de la banque en votre faveur », ça n’existe qu’au Monopoly. De très nombreux chômeurs abandonnent leurs droits parce qu’ils ont le sentiment d’être le pot de terre contre le pot de fer. L’administration ne reconnaît jamais ses erreurs et la résignation gagne. L’action collective est alors la seule issue. Il y a quelques années on en a eu l’illustration avec l’affaire des « recalculés de l’Unédic » où, suite à une erreur juridique, des centaines de milliers d’allocataires avaient été lésés. L’ardoise a été effacée devant le scandale et la mobilisation du mouvement des chômeurs mais jamais l’Unédic n’a reconnu ses fautes.

  • Suite au rapport du médiateur de Pôle emploi, attendez-vous avec impatience la publication du rapport spécifiquement sur les indus ? Avez-vous rencontré le médiateur de Pôle emploi ?

Un rapport sur les indus peut être une bonne chose. Mais il y a lieu de craindre des pressions dans le climat actuel. Le statut public de Pôle emploi fait que le dossier est suivi de près par le ministre du travail. Les associations de chômeurs qui ont une légitimité à représenter les chômeurs doivent être associées à part entière aux rapports, enquêtes et aux décisions, – dans ce domaine comme dans les autres. Sur le fond, quelles que soient ses qualités personnelles, ce n’est pas au médiateur seul de faire des propositions et d’assurer le suivi.

  • Pour rebondir sur l’actualité, suite à votre prise de position sur le blog de Mediapart (02/05/2013)qui met en exergue les tensions entre l’Unedic et Jean-Louis Walter, pensez-vous que la simplification de la règlementation d’assurance chômage soit la solution aux problèmes d’indemnisation et d’accompagnement des demandeurs d’emploi ? Par essence, les règlementations, le code du travail ne sont-ils pas compliqués ? N’y-a-t-il pas un risque de perdre la personnalisation, la singularité de l’indemnisation de certaines professions (marins pêcheurs, VRP, saisonniers… les annexes du RAC) ? La simplification de la règlementation d’assurance chômage ne risque-t-elle pas d’entraîner une précarisation plus importante des demandeurs d’emploi ? Par ailleurs, cette question de la simplification ne fait-elle pas débat que depuis la fusion ratée ANPE-Assedic ?

L’intention du médiateur est sans doute louable. Mais le problème est ailleurs. Le statut du chômeur l’exclut du droit du travail. L’insécurité juridique du chômeur n’est pas simplement un problème de simplification mais tient au fait qu’il n’y a pas de droit du chômage (ou un droit du travail étendu au chômage), ce qui en fait une curiosité juridique. Un chapitre de notre Rapport 2011 sur la situation des chômeurs est d’ailleurs consacré à cette question de l’insécurité juridique (disponible en téléchargement sur le site du MNCP).

Ce sont les règlements de l’Unédic qui sont la « loi » pour les chômeurs. Or ces règlements varient en fonction des Accords Nationaux Interprofessionnels (ANI, dont le sigle est devenu fameux récemment) qui conditionnent les Conventions Unédic. Ces règlements sont périodiquement renégociés par les partenaires sociaux et sont déterminés par les compromis conclus entre le Medef et certains syndicats. Le droit n’a pas grand-chose à y voir : il s’agit d’un rapport de forces au sein d’un paritarisme truqué.

  • Après un long combat, le MNCP fait partie de certaines maisons de l’emploi ainsi que des comités de liaisons, n’est-ce pas un paradoxe que de ne pas faire partie des négociations de la convention d’assurance chômage ?

C’est plus qu’un paradoxe, c’est une situation scandaleuse. La participation à ces négociations est une revendication fondatrice du mouvement des chômeurs. Personnellement, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui, les yeux dans les yeux, m’a justifié cette incongruité dans un Etat qui se dit de droit. La résilience du MNCP au cours de ces années tient en partie à la légitimité de cette nécessaire participation.

  • Les prochaines négociations débutent en septembre, pensez-vous que le dispositif d’activité réduite ainsi que le régime des intermittents du spectacle doivent-être revus ? Si les allocations chômage deviennent à nouveau dégressives, considérez-vous que cela apportera une solution à une reprise d’activité plus rapide des demandeurs d’emploi ?

Nous ne prenons pas en charge les questions des intermittents du spectacle parce qu’ils ont leur propre mode de représentation syndicale. Mais nous sommes d’une façon générale solidaires de leurs prises de position.

Quant à la dégressivité des allocations, cela ressort chaque fois qu’il y a une augmentation du nombre des chômeurs. C’est l’illustration du « théorème Pôle emploi ». Plus la file s’allonge, plus les conditions qui leur sont faites se dégradent dans tous les domaines. C’est le cas en matière d’indemnisation : le Medef souhaite faire payer le coût du chômage principalement par les chômeurs-allocataires et les salariés-cotisants, en diminuant les versements aux uns et en augmentant les cotisations des autres.

Le MNCP estime de plus que la dégressivité existe de fait : la moitié des inscrits à Pôle emploi ne perçoivent pas d’allocation et les personnes en fin de droits sont renvoyées dans des systèmes de solidarités indignes alors que nous considérons que toutes les personnes privés d’emploi doivent être indemnisées. Ce ne serait jamais que l’application d’un droit inscrit dans la Constitution…

Pour contacter Robert Crémieux :
Facebook : Robert Crémieux
Twitter : @cremieuxrag
Marche des chômeurs : marcheschômeurs@gmail.com

Propos recueillis par Nathalie Salles
@MamzelleBsalles.nath@gmail.com

 

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Suite à mon billet sur le recouvrement des indus par Pôle emploi proposant un décryptage juridique, Robert Crémieux, ancien président du Mouvement National des Chômeurs et Précaires, m’a proposé d’apporter des précisions sur l’intervention et l’engagement du MNCP en faveur des chômeurs confrontés à ces indus et revient sur l’insécurité juridique des demandeurs d’emploi.

Robert Crémieux Robert Crémieux

Nathalie Salles – Quel évènement vous a amené à rejoindre le MNCP puis à en devenir le président ?

Robert Crémieux – Dans le quartier de banlieue parisienne où j’habitais au début de la décennie 90, j’ai constaté que la montée du chômage n’était pas prise en compte par les syndicats et encore moins par les partis politiques. J’ai participé alors à la constitution d’un mouvement d’action contre le chômage (AC !) qui réunissait des syndicalistes de tous horizons, des chercheurs, des militants politiques et, notamment, un mouvement de chômeurs, le MNCP.

Mais à…

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Précarité : débats et perspectives à Toulouse

Introduction au dossier

Les associations MNCP du Grand Sud-Ouest ont tenu à Toulouse fin novembre deux journées d’études sur la précarité. Une trentaine d’années après la création du Mouvement National des Chômeurs ET Précaires, ces deux journées avaient plusieurs significations et perspectives.

Les deux jours de travaux étaient divisés en une journée des délégués des associations du MNCP et une seconde journée sur la restitution des travaux devant des représentants d’associations et syndicats partenaires du MNCP à Toulouse afin de dégager des perspectives d’actions communes.

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Alternatives économiques : le dessous des chiffres

Mois après mois, le mensuel Alternatives économiques publie des articles, des dossiers et des points de vue sur le chômage. C’est d’autant plus remarquable qu’il est quasiment seul parmi les périodiques papiers à le faire. Et que ses publications ne se contentent pas, comme trop de grands médias, à reprendre mot pour mot les communiqués officiels ou les papiers de l’AFP.

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Alternatives économiques fournit des arguments, des chiffres, des analyses et n’hésite pas, ce qui est plus risqué pour un magazine, à évoquer les solutions. À chaque numéro, on peut être d’accord ou pas, contester telle ou telle analyse et ne pas partager une proposition : il reste que cette activité éditoriale nourrit le débat public. Cette production de connaissances sur le chômage et la situation des chômeurs, chômeuses et précaires permet aussi aux associations et aux syndicats de puiser dans ces outils des arguments vérifiés et vérifiables.

La question du chômage, envisagée sous l’angle social ou économique, est d’une redoutable complexité, ne le nions pas. D’autant que de nombreux acteurs du débat politique sur la question s’emploient sans relâche à désinformer, stigmatiser, brouiller les cartes et les pistes. La plupart du temps pour noyer les responsabilités et masquer les causes réelles.

Le débat sur les chiffres (ou les 35 heures, les soi-disant « charges sociales »…) est particulièrement aigüe depuis quarante ans. La fameuse inversion (ou pas…) de la courbe du chômage est constamment obscurcie volontairement par le discours gouvernemental et patronal. Pouvoir s’appuyer sur une publication faisant référence par son sérieux est de la première importance. Pour les chômeurs et précaires mais aussi pour les citoyennes et citoyens appelés à prendre leurs responsabilités en cette période pré-électorale aux enjeux si décisifs pour l’avenir.

Aussi est-il important parfois de reconnaître sa dette, cela va de soi, mais cela vaut encore mieux en le disant. Si Alternatives économiques n’existait pas, il nous manquerait. La dernière édition en date, abordant dans un dossier le dessous des chiffres du chômage, est de la meilleure veine. « Le chômage au sens strict se stabilise, mais les emplois précaires se multiplient. » argumente le numéro de décembre. CQFD. C’est ce qu’il nous faut sans cesse démontrer, la précarité augmente. C’est rassurant de constater que ce que les associations de chômeurs mesurent sur le terrain est confirmé par l’analyse économique. Nous nous sentons moins seuls.

Robert Crémieux

Avec une préface de Ken Loach

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Vint-cinq organisations associatives et syndicales ont coopéré pour tordre le coup aux idées reçues sur le chômage et la précarité. Le livre collectif sortira en janvier et sera prétexte à de nombreux événements organisés par les participants au projet.
Chômage, précarité : Halte aux idées reçues (Ed. de L’Atelier) est un livre pour l’action !
La Revue-Partage.fr se fera le relais des initiatives prises et animera le débat public autour de cette question du chômage qui ne va pas manquer d’être au coeur de la campagne de l’élection présidentielle.

Merci de faire connaître cette initiative – qui nous a valu une préface de Ken Loach – en relayant l’information autour de vous.

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Questionnaire Pôle emploi : une étude de terrain

« Je n’ai pas pu scanner mes documents. J’ai appelé Pôle Emploi qui m’a demandé de venir à l’agence pour faire l’inscription, une vraie perte de temps! »

La vie quotidienne des chômeuses, chômeurs et précaires est marquée par la confrontation avec les services de Pôle emploi. Une association du Sud-Ouest a voulu en savoir plus sur le ressenti des usagers face aux nouveaux modes d’accueil des agences et en particulier l’informatisation galopante des rapports entre les chômeurs et l’organisme qui gère leur situation de privé d’emploi.

Six cent trente cinq questionnaires concernant les nouveaux mode d’accueil de Pôle emploi ont été recueillis avant la période des vacances. Au plus près des chômeurs et chômeuses concernés, ce travail a permis de dégager les difficultés et de confirmer l’approche que les associations et les syndicats avaient de la gestion impulsée par la direction : il s’agit de faire des économies sur le dos des usagers. Les plus précaires comme toujours sont les plus pénalisés, alors que la mission de service public devrait permettre au contraire le plus large accès aux services proposés.

On trouvera ci-dessous un bilan établi par Marie Lacoste, secrétaire générale du MNCP, ainsi que la synthèse de l’étude et un recueil des principales appréciations et commentaires par les personnes ayant répondu au questionnaire.

Partage-LaRevue.fr ne manquera pas de faire part des réponses éventuelles de la direction de Pôle emploi à cette étude.

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Une enquête partant du terrain

Présentation par Marie Lacoste

Depuis quelques mois, Pôle emploi a mis en place un certain nombre de nouvelles modalités de travail. Il a notamment pris la décision de créer un « accueil personnalisé », réservant l’ouverture des agences l’après-midi aux seuls chômeurs ayant pris rendez-vous, les accueils spontanés n’étant plus possible que le matin. Ça, c’est la version de Pôle emploi. Vue du MNCP, il s’agit bien d’une fermeture des agences la moitié du temps, d’un recul majeur de l’accueil des chômeurs et d’une source de tensions comme de recul du droit d’accès au service public. La bataille sémantique fait rage.

« Lorsqu’on se présente au guichet avec un papier, la personne qui reçoit ne sait jamais ce qu’il faut en faire. »

Mais ce qui compte, c’est l’avis des chômeurs, la vie des chômeurs même.

A l’initiative d’une association toulousaine du MNCP, Avenir Nouvelle maison des chômeurs, un questionnaire a été conçu et diffusé sur tout le territoire, aussi bien par internet que par des échanges directs devant les agences de Pôle emploi. Forts de ces 14 questions concrètes et de ses près de 800 répondants, ce travail livre des résultats qualitatifs particulièrement riches et instructifs.

La fermeture au flux des agences de Pôle Emploi l’après-midi

Alors que 1/3 des demandeurs d’emploi ne sont toujours pas informés de la nouvelle organisation l’après-midi, ceux qui s’y sont frottés sont à 77% mécontents, voire en colère. En effet, la fermeture de l’accueil spontanée de l’après-midi met les chômeurs en face d’un interphone, ce que rejette la majorité des répondants, qui n’ont pas obtenu satisfaction et souffrent d’un manque de confidentialité.

« Ce n’est jamais le même agent qui s’occupe de nous, si bien que je ne connais pas le nom du dernier. »

Pour ceux qui se présentent le matin, 46% attendent davantage, les flux ne s’annulant pas mais se cumulant. Et pour ceux qui ont demandé un rendez-vous, l’attente moyenne est de 15 jours, et encore, pour les deux tiers qui ont obtenu rendez-vous. Les autres n’ont pas attendu puisqu’ils n’ont pas été reçus.

La dématérialisation de l’inscription

Naturellement, ces évolutions de l’accueil ne sont pas isolées. L’inscription bouge aussi, toujours vers plus de dématérialisation et de digitalisation. Ainsi 41% des nouveaux inscrits que nous avons interrogés ont eu des difficultés à s’inscrire ; et 75% ont eu recours à une aide du Pôle Emploi majoritairement en se rendant physiquement en agence ! Le cercle vicieux s’emballe…

Au total, 60% des répondants se disent insatisfait de ce nouveau mode d’inscription digital et quand on les interroge sur leur relation à l’informatique, on comprend mieux pourquoi : 33% n’ont pas d’ordinateur et 20 % n’ont pas d’adresse mail.

Pour autant, les personnes interrogées sont attachées à Pôle Emploi puisque 76% déclarent avoir un contact au moins chaque trimestre avec leur agence, parmi lesquels 66 % se déplacent physiquement. Enfin, 62% des répondants disent connaître le nom de leur conseiller.

La déshumanisation du service public de l’emploi 

Au-delà des éléments statistiques que nous avons recueillis, l’atmosphère générale est globalement négative, dans les expressions libres que les personnes ont pu déposer : elles regrettent particulièrement la déshumanisation du fonctionnement, la mise à distance par l’outil informatique, l’opacité… A l’heure où de plus en plus de personnes ont besoin d’un service public de l’emploi efficace, humain et présent, on réduit son accès. Cela aboutit à grignoter petit à petit la confiance qui subsistait encore entre les chômeurs et Pôle emploi.

« La nouvelle médiation me semble inefficace pour les chômeurs qui contestent les indus. »

Nos associations appellent à un vrai service public de l’emploi, actif, efficace et humain, qui se mette particulièrement au service de ceux qui en ont le plus besoin. Avec ce questionnaire, ils ont eu la possibilité de s’exprimer et de donner leur avis. Nous avons donc relayé ces résultats auprès de la direction nationale de Pôle Emploi ainsi que dans les comités locaux de liaison.

Espérons qu’ils ne resteront pas lettre morte…

Marie Lacoste
Directrice de l’association Avenir Nouvelle maison des Chômeurs
Secrétaire générale du MNCP

Toulouse, lundi 10 octobre 2016

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Synthèse des résultats du questionnaire

[ 655 réponses au 27/06/2016 ]

  • LA FERMETURE DES AGENCES L’APRES-MIDI:
  1. Connaissez-vous la nouvelle organisation d’accueil de Pole Emploi l’après-midi ?

Encore 1/3 des demandeurs d’emploi ne sont pas informés des fermetures l’après-midi.

  1. Quel est votre ressenti sur cette nouvelle organisation ?

57% des répondants sont mécontents, dont 20% se disent en colère.

35% sont indifférents.

  1. Avez-vous déjà expérimenté l’interphone l’après-midi ?

Une majorité (2/3) n’a pas encore expérimenté l’interphone.

57% des répondants n’ont pas reçu satisfaction.

43% ont dû parler devant d’autres personnes qui faisaient la queue.

Problèmes repérés à cette occasion

  • Gêne
  • Manque de confidentialité
  • Sentiment d’un rejet
  • Baisser la tête pour parler (problème hauteur de l’interphone)
  • Problème pluie et/ou vent
  • Bruit des voitures
  • Problème pour un sourd-muet
  • Problème d’indisponibilité le matin (travail à temps partiel)
  • Se déplacer pour rien quand on vient de loin…
  • Manque d’humanité
  • Pas de réponse
  • Personne à l’interphone pour répondre
  • Traitement à la va-vite
  • On ne m’a pas ouvert la porte pour signer la convention de stage
  • Impossibilité de photocopier des CV pour un forum emploi le soir même
  • On m’a dit d’envoyer un email pour un rendez-vous, mais je n’ai pas l’internet
  1. Si vous vous rendez dans votre agence le matin, avez-vous l’impression d’attendre plus longtemps ?

Environ la moitié (46%) des personnes interrogées ont le sentiment d’attendre plus        longtemps le matin.

  1. Avez-vous demandé un rendez-vous l’après midi récemment ?

29% des personnes interrogées ont demandé un rendez-vous récemment pour (dans l’ordre) :

  1. Formation (40%)
  2. Emploi (26%)
  3. Inscription (20%)
  4. Autre (19%)
  5. Indemnisation (17%)

63% ont obtenu un rendez-vous.

37 % n’ont pas obtenu de rendez-vous.

Le délai d’attente est de 15 jours en moyenne.

 

  • LA NOUVELLE PROCEDURE D’INSCRIPTION

 Vous êtes-vous inscrit ou réinscrit à Pôle Emploi depuis janvier 2016 ?

44% se sont inscrits ou réinscrits depuis janvier 2016.

  1. Si oui, avez-vous eu des difficultés ?

41% ont eu des difficultés.

– Pour faire l’inscription sur internet (52%)

– Pour scanner (27%)

          Avez-vous eu recours à l’aide de Pôle Emploi pour faire l’inscription ?

75% ont eu recours à Pôle Emploi pour faire l’inscription :

52% en allant dans l’agence

22% par téléphone)

15% par email

8% en demandant de l’aide ailleurs

  1. Diriez-vous que cette nouvelle manière de s’inscrire est :

23% pas du tout satisfaisante

16,5 % pas satisfaisante

40 % moyennement satisfaisante

20 % très satisfaisante

  1. Avez-vous un ordinateur avec accès internet ?

32% n’ont pas d’ordinateurs

(Taux de non équipement des ménages en France : 25%)

  1. Avez-vous une adresse email ?

 20,5 % n’ont pas d’adresse email

Ceux qui ont une adresse email l’utilisent :

73% une fois par semaine

17% une fois par mois

10 % jamais!

 

  • LES RELATIONS AVEC POLE EMPLOI
  1. Avez-vous contact avec le Pôle Emploi ?

11% ont un contact hebdomadaire avec Pôle Emploi

43 % ont un contact mensuel avec Pôle Emploi

22 % ont un contact trimestriel avec Pôle Emploi

13 % ont un contact annuel avec Pôle Emploi

11% n’ont pas de contact avec Pôle Emploi

  1. Si vous avez des contacts avec le Pole Emploi, par quels moyens ?

69% vont sur place en agence

38% par email

24% par téléphone

  1. Connaissez-vous le nom de votre agent référent ?

62% des personnes interrogées connaissent le nom de leur conseiller.

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Expression libre sur les différents thèmes (extraits)

 

NOUVELLE ORGANISATION

Je n’ai pas le temps d’y aller le matin car je travaille

Trop peu d’ordinateurs pour beaucoup de monde. Très compliqué de refaire son CV sur place.

 Beaucoup, beaucoup trop d’attente.

 Pas informé sur le nouveau mode de fonctionnement avant d’arriver à l’agence.

 Les rendez-vous l’après-midi bloquent la journée, ce qui pose des problèmes de garde d’enfant.

Le système des nouveaux horaires n’est pas adapté aux personnes qui travaillent de nuit. Il faudrait au moins un après-midi par semaine

 Dur pour avoir un rendez-vous rapidement. J’ai loupé un projet car je n’avais pas vu mon référent pour une session de formation.

 Beaucoup de personnes (Pôle Emploi) à l’accueil et pourtant nous sommes obligés d’attendre plus de 15 mn à chaque passage.

 Pôle Emploi a été fermé les après-midi sans avoir averti les utilisateurs. C’est un signe qui montre que PE n’est pas à l’écoute des usagers et ils mènent une politique dont ils sont les seuls décideurs. Il serait bon de rouvrir les agences le matin et l’après-midi.

 Très difficile d’obtenir un rendez-vous avec notre conseiller. La file d’attente est très longue en agence et la qualité de l’accueil est très aléatoire.

 Les conditions de réception des rendez-vous sont meilleures car l’agence est quasi vide quand on arrive, mais l’horaire n’est jamais respecté car les conseillers sont débordés. C’est moins stressant pour le demandeur d’emploi contrairement au matin ou c’est impossible de répondre lisiblement à nos attentes vu le monde et le stress palpable pour tous, chômeurs et conseillers.

 

DEMATERIALISATION

L’organisation n’est pas bonne et limite les usagers. Sans voiture ou sans ordinateur, on est coincé.

 Problème lors de l’inscription: dossier trop gros pour l’inscription via internet

 Cela devient plus compliqué de correspondre. Surtout pour les gens qui ne savent pas lire ni écrire. D’autant plus que beaucoup ne possèdent pas internet. Le contact Direct avec une personne du Pôle emploi est bien plus important.

 Un accueil fantôme. Bientôt, il n’y aura plus d’accueil et tout sera numérisé. Rien d’humain autrement dit et toujours plus de chômeurs

 Par courrier, c’est beaucoup mieux (vs dématérialisation)

 Difficultés avec les nouvelles technologies. Obligations de consommation : téléphone, accès internet, portables.

 Si ça continue, Pole Emploi va organiser des entretiens par visioconférence pour les usagers les mieux équipés et maîtrisant le mieux les outils informatiques. Encore des barrières pour les moins nantis

J’ai du stress à chaque fois que j’utilise le net (peur de ne pas réussir le mécanisme).

Il est certain que beaucoup de personnes ne disposant pas de connexion internet et n’ayant pas de facilité à utiliser internet et n’ayant ni scanner/ imprimante sont défavorisées pour effectuer les démarches les plus élémentaires.

 Je ne me rends jamais sur mon adresse email car j’ai des problèmes de connexion

 Lorsque nous sommes sur le site de Pôle Emploi, cela se déconnecte trop vite.

J’ai accès à Internet parce que je me déplace dans différentes associations. (Maisons de quartiers, médiathèques…). Une personne qui ne connait pas les différents points informatique est d’autant plus pénalisée!

 La réinscription était mieux par téléphone, elle prenait moins de temps que sur internet.

 Obligation de consommation : téléphones, accès internet, portable…Cumul des dépenses même si tarifs préférentiels.

Je n’ai pas pu scanner mes documents. J’ai appelé Pole Emploi qui m’a demandé de venir à l’agence pour faire l’inscription, une vraie perte de temps!

Trop âgée pour l’informatique (62 ans). Je trouve que cette nouvelle façon de faire est déstabilisante, elle rend triste et il n’y a plus de contact.

Difficultés avec les nouvelles technologies = discrimination

 

LES RELATIONS AVEC POLE EMPLOI

Aujourd’hui, il est impossible de gérer les situations urgentes avec Pole Emploi.

Les terminologies et le vocabulaire administratifs sont trop abstraits pour une majorité de gens qui n’ont pas un cursus scolaire et ne sont pas autodidactes. L’accueil et le dialogue de certains conseillers est déshumanisés, on traite des dossiers, de la statistique, on ne parle plus à des êtres humains.

 J’ai contact avec le Pôle Emploi en me rendant sur place mais je n’arrive jamais à les avoir par téléphone.

 Jamais le ou la même référent(e).

 Le conseiller change souvent

 Ce n’est jamais le même agent qui s’occupe de nous, si bien que je ne connais pas le nom du dernier.

 Je suis inscrit depuis le 28/12/2015 mais je n’ai jamais rencontré mon conseiller Pole Emploi

 Aucun contact direct avec un conseiller, aucun moyen d’étudier les cas particuliers de chacun.

 Répétitions des situations suivant les changements d’agents. Cumul des prises en charge: pas de transversalité entre les différentes structures, toujours refaire, redire.

 Ce qui me gêne est que mon conseiller ne m’accueille pas sur mes recherches et demandes de formation (la raison étant le fonctionnement autonome du CPF) et l’impersonnalité des échanges par email).

 Pas d’écoute, pas de solution!

 On m’a radié pour rien, je n’ai pas compris le motif

 Ce n’est pas parce que je suis handicapé que je dois me mettre dans les oubliettes !

 A chaque fois que j’ai eu des périodes de chômage, jamais je rentre dans leurs cases présélectionnées. Depuis un mois, j’ai retrouvé du travail ; j’ai tout fait tout seul, payer ma formation (en m’endettant), trouvé un stage et un emploi.

 Je trouve de plus en plus contraignant ces mesures, et je ne sais pas si elles amélioreront le suivi des demandeurs d’emploi.

 On n’a toujours pas accès aux conclusions d’entretien.

 Lorsqu’on se présente au guichet avec un papier, la personne qui reçoit ne sait jamais ce qu’il faut en faire.

 Aucun conseil, aucun accompagnement digne de ce nom ne m’a été proposé.

Mécontentement concernant les formations que l’on m’a refusées! C’est le flou le plus complet et je me demande qui a droit et les critères pour en obtenir une.

 Le numéro de téléphone est payant alors que je suis au chômage. Ils sont peu aidant et que le matin. J’ai eu des difficultés à obtenir les documents que je souhaitais. Je suis nouveau demandeur, je n’ai pas connu l’ancien système. L’organisation semble bien pour les employés Pole Emploi, mais mitigée pour les personnes reçues.

 Les ateliers que Pole Emploi me propose ne correspondent pas à ma situation.

 Trop d’annonces périmées

 Pas une seule aide ou offre sérieuse du Pole Emploi ou des offres qui ne correspondent pas.

 Même sur le site, on ne trouve pas les changements en fonction des régions. […] Déroutant puis  démotivant.

 La nouvelle médiation me semble inefficace pour les chômeurs qui contestent les indus.

 Pas de possibilité de s’exprimer.

 J’envisage de retourner en terre étrangère.

 Tout ça manque de cadrage et de vrai RH, mais bon, ça fait bosser les jeunes Start up et Google.

 Il n’y a pas d’implication des acteurs de Pôle Emploi pour favoriser les reprises de travail. Pôle Emploi est une vulgaire boite d’enregistrement.

 Il y avait de véritables humains à l’ANPE. Depuis la création de ce FRANKENSTEIN institutionnel qu’est Pôle Emploi, j’ai l’impression qu’il ne reste plus que des monstres.

 L’agent change trop souvent.

 Ça change tout le temps d’agent.

 Ce n’est jamais le même agent.

 C’est le 3ème agent référent en 5 mois!

 Trop d’attente entre l’inscription internet et le premier rendez-vous avec un conseiller. Manque d’informations générales sur les possibilités d’emploi et de formation.

 Si je ne contacte pas mon conseiller, lui, ne le fait pas.

 Le 3949 : pour une même question passée à un conseiller au téléphone, puis un conseiller en face à face, mais n’avons pas la même réponse. Donc, à qui faut-il se fier??

 Les annonces Pôle Emploi sont souvent « bidons ».

 Impossible d’accéder à mon dossier régulièrement, voire pendant mon rendez vous avec mon conseiller, donc conseiller obligé de travailler de mémoire

 J’ai eu deux rendez-vous en 2 ans alors que j’étais en accompagnement suivi. Je ne connais même pas mon (ma) conseiller (e) référent (e), et ça en 2 ans !

 Il faut arrêter de délocaliser les agences Pole Emploi à la périphérie des villes. Il faut maintenir les agences en centre ville.

 Difficulté à nous aider dans la recherche d’emploi. Je préfère largement la Mission Locale.

 Je trouve que les délais sont trop courts par rapport aux convocations

 Je trouve que c’est une bonne initiative de « rencontrer » les demandeurs d’emploi afin de connaître leur ressenti, leur façon de vivre leur demande d’emploi vu la situation que traverse le pays actuellement.

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OFCE : la dégressivité ça ne marche pas

 

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La dégressivité des allocations chômage, ça ne marche pas. Ni les chômeurs, ni l’emploi, ni les finances de l’Unédic n’y trouvent leur compte. Et pourtant le Medef, la droite et le FN, une bonne partie du gouvernement et du PS veulent de nouveau instaurer cette mesure qui est une véritable punition pour les chômeurs et précaires.

L’étude de l’OFCE vient à point pour rappeler quelques vérités. Rappelons que la dégressivité avait été instituée à l’initiative de la CFDT en 1993 puis supprimée parce qu’elle n’atteignait aucun des objectifs affichés. Elle vise surtout à rassurer l’opinion face au déficit structurel de l’assurance chômage dont les allocations versées aux chômeurs ne sont en rien responsables.

Tout comme les campagnes périodiques de « lutte contre la fraude », la dégressivité stigmatise les privés d’emploi car elle insinue que ceux-ci s’installent dans le chômage et qu’il faudrait les « inciter » à chercher un emploi. Une incitation on le sait vaine quand la situation de l’emploi est aussi mauvaise.

Voir l’article de l’OFCE en .pdf :

http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf-articles/actu/OFCE-About-Degressivite-des-allocations-chomage.pdf

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Hommage à Jeannette Beaunez

manifestation-a-sable-en-2009Jeannette Beaunez (à gauche sur la photo) manifeste à Sablé

Jeannette Beaunez est décédée le 30 septembre. Elle était membre fondatrice de l’ASSADE, à Sablé sur Sarthe, en 1993, trésorière pendant de longues années, présidente de 2006 à 2008 et, surtout, le pilier et l’âme de notre mouvement. Elle a tenu les permanences, animé les ateliers, participé à toutes les initiatives de l’ASSADE et du MNCP en Sarthe, accueilli, conseillé, réconforté de très nombreux précaires. Ses obsèques se sont déroulées mercredi 5 septembre à Juigné.

 Jeannette Beaunez : une biographie militante

La vie de Jeannette, qui nous a quittés le 30 septembre 2016, à l’hôpital d’Angers, est emblématique des engagements d’une génération de chrétiens.

Jeannette Irgel est née le 14 mars 1927 à Paris Xème. Sa mère était alsacienne. Son père était un réfugié politique ayant quitté l’Italie fasciste. Elle passe sa jeunesse au port de Juigné où habite sa grand-mère puis à Bezons, cité ouvrière de la banlieue ouest de Paris, au milieu d’immigrés italiens influencés par le Parti Communiste.

Elle devient secrétaire et découvre la Jeunesse Ouvrière Chrétienne Féminine (JOCF) où elle prend des responsabilités. En 1949, elle épouse Roger Beaunez, un militant chevronné de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Il est veuf et a deux filles : Danielle et Maïté. Ensemble, ils auront deux filles (Françoise et Catherine) et deux garçons (Pierre et Philippe). Puis de nombreux petits-enfants et arrière- petits-enfants.

Ils s’installent à Asnières puis à Colombes où ils résident dans une petite maison en bois installée dans la cour de l’église du Petit Colombes. Toujours dans cette banlieue ouest, Roger exerce plusieurs métiers successifs – employé, ouvrier – puis devient secrétaire de Claude Bourdet, ancien responsable de la Résistance, journaliste, militant politique et, à ce moment-là, conseiller de Paris. Roger deviendra, ensuite, lui-aussi, journaliste.

Roger et Jeannette suivront le parcours d’autres « chrétiens de gauche ». Militants de l’Action Catholique Ouvrière, du Mouvement de Libération du Peuple, ils seront parmi les fondateurs de l’Union de la Gauche Socialiste puis du Parti Socialiste Unifié (PSU). A chaque fois, Roger y exerce des responsabilités. Après avoir été élu à Asnières au début des années 50, il sera conseiller municipal de Colombes de 1965 à 1971. Fort de son expérience, il sera un des fondateurs de l’ADELS – organisme de formation des élus et futurs élus – et écrira plusieurs livres sur la vie municipale.

Pendant ce temps, Jeannette « fait bouillir la marmite » et, plus discrètement, milite dans plusieurs mouvements. Elle écrit dans le journal local du PSU, anime le Confédération Syndicale des Familles (CSF), diffuse « Témoignage Chrétien ». En 1974, ils quittent le PSU pour le Parti Socialiste. Quelques temps après, ils déménagent pour Épinay (au nord de Paris) puis Angers.

En 1990, ils s’installent à Sablé où ils poursuivent leurs engagements. C’est ainsi que Jeannette sera, pendant plus ou moins longtemps, bénévole à Alpha Sablé, à l’Aide aux devoirs à l’école Saint Exupéry, au patronage de Solesmes, à l’accueil pour la paroisse de Sablé. Toujours militante à l’ACO, elle participera également au Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement et est adhérente à l’Union Locale des retraités CFDT. Elle s’intéressera toujours à l’action politique au sens noble. Candidate sur la liste de gauche en 2001 et 2014, elle militait, ces dernières années, à la section locale du Parti Socialiste.

Au début de l’année 1993, les militants locaux de l’ACO sont à l’initiative d’une réunion publique sur le chômage où l’on entend le témoignage de plusieurs demandeurs d’emploi. C’est avec eux que Roger, Jeannette et quelques autres fondent, fin 1993, l’Association de la région Sabolienne de Soutien Actif aux Demandeurs d’Emploi (ASSADE). Roger – jusqu’à sa mort – et Jeannette – jusqu’à son dernier souffle – s’y engagent à fond. Jeannette anime des ateliers, est présente à toutes les permanences, rédige des articles pour le journal, tient la trésorerie pendant de longues années. Elle réussira à relancer l’association quand elle traversait une mauvaise passe au début des années 2000 et sera présidente de 2006 à 2008. C’était, aussi et surtout, l’âme de l’ASSADE.

Jeannette c’était d’abord une voix : douce mais ferme ; jamais un mot de trop mais le mot juste. Face à l’injustice, aux compromissions, aux inégalités, elle clamait son indignation et sa révolte et n’hésitait pas à prendre sa plume pour exprimer vertement sa colère et ses critiques à tous ceux qui les avaient méritées ! Elle savait écouter, réconforter, soutenir, encourager comme nulle autre pareille. Elle mettait ses dons artistiques (et quels dons !) au service des adhérents et adhérentes. Elle était armée d’un solide sens des réalités et de beaucoup de générosité. Combien de personnes a-t-elle réussi à remettre debout !

Petite, presque fluette mais animée d’un souffle puissant, c’était une « grande dame ».

Gérard Fretellière

ASSADE à Sablé-sur-Sarthe : assade@wanadoo.fr